Vous écoutez Jérôme Granjon : 4e Ballade en fa mineur, Chopin

Pour mieux connaître Jérôme Granjon

Interview réalisée le 15 avril 2014 par Catherine Lechner-Reydellet pour le livre
« La Grande Ecole Française de Piano » aux éditions Aedam Musicae

Pourquoi et comment avez-vous commencé à étudier le piano, dans quelles circonstances?
Ma famille était mélomane. Mon père jouait du piano en bon amateur. Il y avait un piano à la maison. C’est donc tout naturellement que je me suis tourné vers cet instrument. J’ai commencé par des cours particuliers avant d’intégrer le Conservatoire à Rayonnement Régional de Marseille dans la classe de Pierre Pradier. Après le CRR, j’ai de nouveau travaillé en privé avec quelques pianistes: Philippe Ganter, un ancien élève d’Alfred Cortot, Jacques Rouvier du CNSM de Paris, Pierre Barbizet alors Directeur du Conservatoire de Marseille et Anne-Marie Ghirardelli. Je lui suis particulièrement reconnaissant car c’est avec elle que j’ai préparé – et réussi - le concours d’entrée au Conservatoire National Supérieur de Paris.

Votre plus lointain souvenir musical…
Impossible de me souvenir, j’ai l’impression que la musique a toujours fait partie de mon quotidien. Mes parents écoutaient beaucoup de musique. Si quand même : à 6 ans je suis allé avec mes parents écouter Richter qui jouait à Marseille. Le jour même en classe j’ai voulu faire un dessin pour lui mais ne connaissais pas son prénom. Finalement la directrice de l’école, qui était mélomane, a déclaré avec autorité que son prénom était Mistlav ! Donc si mes parents l’ont gardé je dois avoir quelque part un dessin pour Mistlav Richter…

Un mot sur le Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, quel lien établissez-vous entre l’enseignement que vous y avez reçu et votre façon de mener aujourd’hui votre carrière et votre vie de concertiste international?
J’ai intégré le Conservatoire de Paris à 15 ans. Peut-être un peu jeune pour avoir bien conscience de la chance et des possibilités qui m’étaient offertes. En plus je faisais les deux premières années les allers retours chaque semaine entre Marseille et Paris, et c’était avant le TGV ! Malgré cela j’y ai appris les bases de mon métier de pianiste.

Quels sont les enseignements qui vous ont le plus marqué ?
Tous les professeurs qui m’ont accompagné dans mon parcours m’ont apporté quelque chose d’important et pour être honnête je ne me sens le disciple d’aucun maitre particulier. A (presque) toutes les étapes de mon parcours j’ai ressenti le besoin de cette relation particulière avec un professeur et c’est paradoxalement la diversité de ces rencontres qui me constitue. Auprès de Jacques Rouvier au CNSM de Paris nous faisions un travail en profondeur, d’une exigence nouvelle pour moi ; Jean Hubeau en musique de chambre m’a apporté son écoute et son regard de compositeur, en particulier une écoute harmonique et un sens de la construction supérieurs. Par la suite Maria Curcio m’a permis de dépasser certains blocages en repensant en profondeur ma technique. Elle m’a aussi fait profiter de sa science impressionnante du son. Beaucoup plus récemment le travail avec Colette Zerah m’a permis de développer plus encore une lecture analytique aigue du texte et de créer les conditions physiques pour laisser jaillir le naturel dans le jeu. En filigrane de tous ces enseignements Maria Joao Pires avec qui j’ai entretenu une longue relation musicale m’a permis de me révéler à moi-même en tant que musicien.

Quels sont les pianistes qui vous ont le plus influencé ?
J’ai eu bien sûr plusieurs phares qui ont aimanté mon chemin de musicien. Si je devais n’en citer qu’un ce serait Richter (Sviatoslav !) que j’ai entendu à de nombreuses reprises et à qui j’ai eu surtout la chance (un peu terrifiante pour moi à l’époque !) de tourner les pages plusieurs fois. Ce furent des moments très forts que je garde profondément ancrés en moi.

Combien de temps consacrez-vous par jour à étudier le piano?
Difficile à dire car cela dépend beaucoup des circonstances à commencer par le temps disponible ... En fait j’aime beaucoup travailler et ça tombe bien car j’en ai besoin ! J’essaie donc autant que possible d’avoir une vie qui me permette un travail centré et régulier. Ceci dit même lorsque je dois apprendre beaucoup de nouveaux programmes je ne dépasse jamais 6 heures par jour devant le piano (parfois plus si j’ai des répétitions) pour ne pas perdre le plaisir à être devant un piano, et pour ne pas me faire mal physiquement. Ensuite il y a le travail en dehors du piano – sur partition ou simplement dans la tête, écoute de disques, lectures…- et là cela peut être sans fin tant la matière est riche…

Quelle différence selon vous, entre jouer du piano et travailler le piano?
A mon avis les deux ne sont pas contradictoires et travailler la matière sonore peut, et je pense même doit, être en permanence un jeu.

Sur quel(s) piano(s), vous exercez-vous ?
J’ai la chance d’avoir un Steinway B. Quand je pars en vacances et que je dois quand même un peu travailler (surtout commencer de nouveaux programmes), j’ai un clavier numérique qui rend mes enfants furieux car ils l’ont dans les pieds à l’arrière de la voiture !

Quelle est votre manière d’étudier (gammes, arpèges, métronome, exercices, études) ?
Je ne fais plus – ou très occasionnellement – de gamme ou d’arpège. J’ai beaucoup pratiqué et je pratique encore aujourd’hui les exercices de Brahms que je trouve excellents. L’essentiel de mon travail technique se fait au contact des difficultés rencontrées dans les œuvres. Le métronome me sert de contrôle occasionnel mais surtout pas de béquille rythmique ! A part ça j’ai une manière de travailler assez personnelle je crois : beaucoup de travail polyphonique (je chante beaucoup les différentes voix et surtout la basse jusqu’à m’en casser la voix !), d’analyse harmonique, et techniquement j’essaie de travailler toujours dans la souplesse et la fluidité.

Votre méthode de travail a-t-elle évolué au fil du temps ?
Je me rends compte qu’avec le temps je me suis construit une « boite à outils » plus adaptée à mes besoins qu’auparavant et que j’utilise de manière plus adaptée, moins systématique. Cela me permet de moins émousser le naturel par un travail trop répétitif, et de gagner en efficacité.

Comment apprenez-vous une partition et quel type de mémoire utilisez-vous pour assimiler un texte ?
Le moment de mémorisation d’une partition est toujours un travail d’appropriation, donc d’une certaine manière de re-création. C’est un moment très riche où plein de détails deviennent conscients et qui n’est jamais fini, puisque ces allers et retours entre le texte imprimé et la mémoire durent tout le temps où l’on apprend une œuvre. Au cours de mon travail, il y a toujours un moment où je sens que c’est le moment de me « jeter à l’eau ». Donc la partition quitte le pupitre et je la pose à côté de moi (le risque est limité !) pour m’y référer dès que se pose une question. Pour certaines œuvres ce passage se fait facilement. Pour d’autres, musiques non tonales où polyphoniquement très exigeantes comme le 1er livre du Clavier Bien Tempéré de J.S.Bach que je viens de jouer en concert, ça peut devenir un énorme travail ! Ensuite au concert la mémoire c’est beaucoup une question de confiance. Pour ma part j’ai besoin presque systématiquement de me « repasser le film » lentement avant chaque récital pour bien vérifier et réimprimer chaque détail. En plus je trouve que c’est un excellent exercice de concentration.

Quel texte vous a posé le plus de problème ?
Comme le disais je viens de jouer en concert le 1er livre du Clavier Bien Tempéré et c’est un énorme travail, pour la mémoire bien sûr, mais à tous les niveaux, avec une telle exigence de contrôle que cela demande paradoxalement un total « lâcher prise ». C’était un vieux rêve et au fur et à mesure du travail la musique m’a donné les moyens d’y parvenir. Et pour moi c’est une magnifique expérience, qui m’a incontestablement métamorphosé comme pianiste et comme musicien, et que je suis très heureux de partager avec le public.

Quels sont les compositeurs que vous aimez le plus interpréter ?
Nous, les pianistes, avons la chance d’avoir un répertoire incroyablement vaste et rempli de chefs d’œuvres. Ca en est presque frustrant car on sait que le temps ne nous sera pas donné, et loin s’en faut, de jouer tout ce que l’on voudrait. Pour ma part c’est en perpétuelle évolution : il y a certains compositeurs que j’approfondis de longue date comme Schumann, Debussy, Bach, Chopin, Janacek… d’autres que je joue surtout en musique de chambre comme Haydn, Schubert et Brahms, d’autres que j’ai beaucoup joué comme Mozart et que je joue moins… En ce moment j’ai une fringale de Beethoven que j’ai moins joué ces derniers temps, et que j’ai l’impression de redécouvrir différemment.

L’interprétation et ses diversités : les styles et le piano, comment les abordez-vous?
C’est une vaste question…mais la réponse est finalement assez simple : j’essaie d’être aussi juste que possible dans mon interprétation pour que la musique s’exprime naturellement. Pour cela le contexte historique est un élément important : les instruments utilisés, l’état d’esprit de l’époque et du lieu avec les différents codes d’interprétation…je m’intéresse depuis quelques années au pianoforte que j’ai étudié auprès d’Arthur Schoonderwoerd et qui m’ouvre de nouveaux horizons sonores et stylistiques. Il reste que l’essentiel de l’interprétation se situe dans le rapport direct avec le texte musical dans ce qu’il a d’actuel à nous dire. Chaque compositeur a son monde à lui, et à l’intérieur de cela chaque œuvre crée un monde à elle, donc toute nouvelle œuvre travaillée est une nouvelle aventure, dans laquelle la dimension subjective reste quand même irréductible.

Voyez-vous votre propre interprétation pianistique évoluer dans les années futures ?
Oui incontestablement. Il me semble que j’ai gagné en lucidité sur ce que je fais. Il y a donc me semble t’il moins de distance entre ce je crois faire et ce que je fais, même si je suis conscient que l’essentiel nous échappe lorsque l’on joue. Je pense aussi que mon jeu a gagné en équilibre et en souplesse, et que ma palette expressive et sonore s’enrichit.

Votre plus grande qualité au piano…
A mon avis - de ma place : une forme d’intensité intérieure et de sincérité.

Votre plus grand défaut…
Je n’ai pas toujours su faire la distinction entre tension intérieure et tension physique dans mon jeu, et une certaine forme d’engagement a pu se traduire par des raideurs physiques et des maladresses musicales. Comme je le disais plus haut je crois que là-dessus j’ai progressé.

Si vous aviez un conseil à donner à de jeunes pianistes…
Essayer d’avoir la formation la plus complète possible. Je suis toujours affolé par des pianistes qui jouent bien, mais qui n’ont entamé aucun travail sur le langage musical. Etre pianiste est un métier magnifique, mais on devient vite une « machine à jouer » si notre abord des œuvres n’est pas nourri par autre chose que la sensation physique et sonore de celui qui joue. Même le meilleur instinct a besoin d’être nourri et affiné, sinon on entend tôt ou tard qu’il manque quelque chose. C’est pourquoi je préconise l’apprentissage du langage musical au sens large – harmonie, contrepoint, analyse, accompagnement – notamment pour la réduction d’orchestre qui est enrichit beaucoup le jeu pianistique. L’important n’est pas de devenir un « crack » dans ces disciplines, l’important est d’engranger un processus qui vivifie en permanence notre jeu aux sources du langage musical. Par ailleurs la musique est affaire de partage et je pense qu’il est essentiel, même si le répertoire solo remplirait plus que largement une vie de pianiste, de faire de la musique de chambre et de s’enrichir au contact direct des autres instruments. Heureusement ces dernières années ont vu largement disparaitre le clivage pianiste soliste / pianiste chambriste, grâce à de grands interprètes qui ont montré la voie.


Je ne vois pas de différence fondamentale entre la préparation d’un concert et d’un enregistrement. Disons qu’il faut à mon avis pas mal de vécu dans les œuvres avant de les enregistrer pour avoir une vraie vision d’ensemble et une vraie conscience de la manière dont on veut mener le discours. Même si l’on fait comme c’est mon cas un maximum de « prises complètes », l’enregistrement a tendance à focaliser sur les détails dans lesquels on a vite fait de perdre le souffle de l’interprétation, donc un réel vécu de l’œuvre en concert me parait essentiel.

Trouvez-vous plus de satisfaction à enregistrer que de donner un concert ?
C’est du concert que je pourrais le moins me passer, mais les enregistrements font faire des progrès énormes. Ils sont très formateurs. Ils sont pour l’interprète une épreuve de vérité sur son jeu pleine d’enseignement.

Souhaiteriez-vous enregistrer davantage ?
Ces dernières années je n’ai pas à me plaindre, ayant fait en moyenne un disque par an, entre solo et musique de chambre. Mais j’ai plusieurs projets dans mes cartons…

Que pensez-vous de vos propres enregistrements ?
Je les écoute beaucoup au moment du montage, mais après très peu. Je me dis qu’ils appartiennent au passé. Ceci dit avec le recul il y a des enregistrements dont je suis content et d’autres moins…

Choisissez-vous vos programmes de concerts ? Vous sentez-vous complètement libre de ce point de vue?
La majorité du temps je suis libre et je joue ce que j’ai envie de jouer, surtout pour les programmes de soliste – en musique de chambre c’est toujours le résultat d’une discussion entre les partenaires. Ceci dit il m’arrive souvent de jouer à la demande d’organisateurs des œuvres qui ne m’attiraient pas particulièrement ou pas prioritairement et que cela débouche sur une belle rencontre. Par exemple j’ai eu grand plaisir à jouer l’année dernière la sonatine de Roussel que je connaissais mal et qui est une œuvre passionnante. Je viens également d’enregistrer l’œuvre de musique de chambre avec flûte de Mel Bonis avec Jean-Michel Varache et il y a des choses magnifiques que je ne connaissais pas du tout !

La vie en tournée, le trac, la solitude, la fatigue…
J’adore les tournées. Je ne souffre pas d’un sentiment de solitude, au contraire, on rencontre beaucoup de gens passionnants et passionnés, qui se donnent beaucoup de mal pour faire vivre la musique dans leur région. Ce sont souvent des rencontres fortes, malheureusement également souvent éphémères, sauf quand on a l’occasion de revenir jouer dans un même endroit. Par contre, il n’est pas toujours facile de garder une bonne hygiène de vie – les nuits peuvent être courtes, et je suis devenu un adepte de la sieste l’après-midi du concert. Il n’est pas non plus facile, surtout pour les pianistes, de garder une bonne hygiène de travail quand on a plusieurs programmes à préparer. Et pour le tourisme, même quand on est dans des endroits magnifiques et chargés d’histoire, il vaut mieux en général l’oublier faute de temps…

Comment appréhendez-vous la scène? L’avez-vous toujours appréhendée de la même manière ? S’apprend-elle ?
J’ai toujours aimé être sur scène, je sens que cela répond pour moi à quelque chose d’important. Ensuite évidemment que la scène est quelque chose qui s’apprend, un espace qui s’apprivoise. C’est lieu de partage où l’on peut vivre des moments d’une grande intensité. On ne joue pas seulement pour le public, on joue avec le public. Il y eu une période où j’étais un peu bloqué par l’idée du jugement que les gens allient porter sur ma prestation et c’est une idée dont je me suis libéré. Par rapport à ce problème que je crois très fréquent, je pense, et heureusement les écoles de musique ont beaucoup évolué en ce sens ces dernières années, qu’il est très important que les élèves soient très tôt habitués à jouer sur scène en dehors d’une situation d’examen, pour mettre la pratique de leur instrument dans une juste perspective. La question du jugement sur ce que l’on fait fausse ce que l’on met en jeu sur scène, et ce problème peut poursuivre un interprète pendant de longues années…D’ailleurs, à l’inverse, quand je me retrouve jury à un examen, j’aime me demander : écouterais-je avec plaisir ce candidat en concert ?

Quels sont vos partenaires favoris?
Il y a la violoniste Saskia Lethiec et le violoncelliste Eric Picard avec qui je partage l’aventure du trio Hoboken et du magnifique répertoire de trio de Haydn à aujourd’hui. Il y a également l’organiste Emmanuel Pelaprat avec qui j’explore notamment un répertoire abondant et souvent inédit et plein de belles choses pour harmonium et piano – enrichis parfois d’autres instruments. Egalement le flûtiste Jean-Michel Varache avec qui je viens donc d’enregistrer l’œuvre de Mel Bonis. Et j’ai eu la chance de jouer avec des partenaires comme Maria Joao Pires, Augustin Dumay, John Eliot Gardiner…

Préférez-vous le récital ou le concert ?
J’aime avant tout la diversité, être un concertiste soit en soliste, soit en musique de chambre, je passe du rôle de partenaire à celui de soliste avec le même plaisir.

Avez-vous des comptes à régler avec le piano ?
J’aime beaucoup l’instrument que je joue et je vis en harmonie avec lui-même s’il n’est bien sûr qu’un moyen.

Etre pianiste, est-ce un métier ?
C’est un métier que l’on choisit très jeune - mais à cet âge-là le choisit-t-on vraiment ? C’est donc un choix que l’on doit ensuite s’approprier et réinterroger plusieurs fois dans son parcours pour le réactualiser. Personnellement je suis très heureux en le pratiquant, et si je laisse beaucoup d’énergie dans ma pratique de la musique, elle m’en donne en retour bien plus.

Votre jeu est-il le miroir de vous-même ?
Certainement d’une manière ou d’une autre, mais je ne le recherche pas car je pense que le pire piège pour un interprète est le narcissisme, car il rend l’interprétation stérile. Quand je travaille, j’essaye de mesurer, avec mon ressenti et mon intelligence, ce qui me paraît le plus fondamental, ce qui va rendre un texte parlant pour que le public le reçoive, et je fais ce travail aussi honnêtement que possible. Ceci dit en faisant ce travail l’œuvre est vécue à travers ma subjectivité donc ce qui en ressort est forcément aussi quelque chose de moi.

Qu’attendez-vous du piano et de la musique en général ?
J’attends d’une musique qu’elle me touche, qu’elle me « parle ». La musique est essentielle pour moi car elle concerne l’homme dans son entier, de sa dimension la plus archaïque – toute musique garde quelque chose du cri primal – jusqu’à ses pensées les plus élaborées, les plus « élevées ». A travers tout ça, elle a suivi une autre voie que celle du langage des mots ce qui lui donne un rapport privilégié avec la nature, avec notre nature. Par le monde différent de celui du quotidien dans lequel elle évolue, elle nous donne accès à d’autres espaces – temps. En ce sens c’est une ouverture extraordinaire qui a apporté une dimension essentielle à ma vie.

Si vous ne jouiez pas de piano…
Difficile à dire. Peut-être guide de haute montagne. J’adore la montagne et c’est un lieu qui m’est devenu indispensable pour me ressourcer.

Avez-vous le sentiment d’être passé à côté de choses importantes ?
Oui, comme tout le monde je pense…mais j’ai eu une enfance tout à fait normale, une adolescence un peu moins – je me suis retrouvé à 15 ans au CNSM de Paris où j’ai mené une vie d’étudiant un peu coupée d’autres adolescents de mon âge – et aujourd’hui même si je travaille beaucoup il me reste du temps pour profiter de ma famille, de mes amis, de la nature, lire, faire du sport...Bref je pense avoir une vie assez chargée mais normale.

La carrière peut-elle être une contrainte ?
J’aime beaucoup donner des concerts, bien que ce ne soit pas toujours évident à organiser avec une vie de famille…

Comment voyez-vous évoluer l’avenir de la musique dite« classique » ?
La situation actuelle n’est pas très facile avec des petites structures qui ont vu leurs moyens financiers beaucoup diminuer ces dernières années et des grosses structures qui souffrent à mon avis un peu d’inertie et ont tendance à mon avis à trop sécuriser leurs programmations. Malgré tout il y a un réel dynamisme, un appétit de musique, et plus de diversité dans la manière de la transmettre avec des expériences transversales - plus ou moins heureuses - mais qui participent d’un mouvement très intéressant.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre carrière ?
Je me sens en pleine évolution, c’est trop tôt pour les bilans !

Un moment très difficile ou un moment particulièrement heureux…
Un moment qui est toujours heureux : quand je vois un de mes enfants à l’un de mes concerts. En général j’aperçois une mine toute souriante au début du concert, également à la fin de la 1ère partie, au début de la 2ème…et profondément endormie à la fin du dernier morceau. Et c’est toujours un moment touchant.